Yue Minjun, L’ombre du fou rire. Fondation Cartier

Yue Minjun

L’ombre du fou rire

Fondation Cartier

Du 14 novembre au 17 mars

Petit point sur la vie l’artiste : 

Autoportrait Yue Minjun

Autoportrait Yue Minjun

Né en 1962, Yue Minjun est aujourd’hui considéré comme le chef de file du mouvement culturel chinois appelé  « Réalisme cynique d’art contemporain »

Sa vie est marquée par de nombreux déplacements, une vie de nomade entre les plateformes pétrolières dans lesquelles travaillent sa famille. Après avoir étudié la peinture à l’huile, il rejoint lui aussi la sphère de l’exploitation pétrolière sur des plateformes en haute mer. C’est de là que naissent ses premières peintures se focalisant sur ses collègues et l’océan qui l’entoure en permanence. Même si le sourire figé n’est pas encore au centre des toiles, Yue Minjun inscrit déjà son art dans la notion du grotesque.

Le fameux sourire  décrivant aujourd’hui la majeure partie de son oeuvre apparaît après 1999 et la découverte du travail de Geng Jianyi sur une toile représentant un autoportrait de l’artiste riant à gorge déployée.

the second condition by Geng Jianyi 1989

Yhe second condition    by Geng Jianyi 1989

Yue Minjun entre dans le marché de l’art international après sa participation à la Biennale d’art Contemporain de Venise en 1999, il est depuis installé dans une communauté d’artiste chinois à Beijing et continue à décliner cet énigmatique  fou rire dans d’infinies situations sur ces toiles.

Le sens de son art ?

Le théoricien Li Xianting décrit ce grinçant sourire comme « une réaction auto ironique au vide spirituel et à la folie de la Chine Moderne ». C’est donc en utilisant ce symbole de sympathie et de joie que Yue Minjun critique et remet en question les visions sociales et culturelles imposées par le gouvernement et les traditions au peuple chinois.

Un homme discret pour un marché de l’art affolé !

Si la renommée de l’artiste n’est plus à démontrée (il a même fait la couverture de Beaux Arts Magazine !! ahah), il reste un personnage assez discret. Et pourtant…

En 2007, sa toile « Exécution » bat le record de vente de l’art contemporain chinois et atteignant la somme de 5,9 millions de dollars lors d’une vente chez Sotheby’s.  Aujourd’hui, près de 13 de ses toiles se sont vendues à plus d’1 millions d’euros !

Le sourire n’a pas de prix… à moins que ce ne soit celui de Yue Minjun.

L’exposition  » L’Ombre du Fou Rire  » à la Fondation Cartier

affiche ombre du fou rire fondation cartier

Du grotesque, du gigantesque, du sympathique, de l’effrayant, des couleurs vives, des personnages à la chair rose vif et au sourire figé dans un énigmatique sens… Voici les toutes premières impressions en pénétrant dans l’espace de la Fondation Cartier. Un peu perdue au milieu de ces immenses toiles qui hurlent de rire (pardon pour le jeu de mot mais c’est trop bon) leurs regards ironiques sur la Chine moderne et la condition humaine de nos sociétés contemporaines en voie d’uniformisation.

40 tableaux et croquis dont certains exposés aux yeux du public pour la première fois. Une jolie plongée dans l’univers de Yue Minjun pour cette première rétrospective de son oeuvre en Europe. La Fondation Cartier nous offre une belle découverte de cette facette de l’art contemporain chinois.

Ce sourire répétitif, grinçant voire agaçant car son sens semble imperceptible est accompagné du gigantisme des toiles, des formes répétées à l’infinies et de cette impression d’expression totalement figée. Cet étrange mélange plonge le spectateur dans une étrange incompréhension, comme si l’on pouvait caresser du bout de notre conscience le sens que l’artiste donne à ses toiles sans pourtant pouvoir en percer le mystère. Au final, on est seul face à nos propres perceptions dans cet espace vide que Yue Minjun crée.

great joy by Yue Minjun 1993

great joy by Yue Minjun 1993

yue minjun The Sun 2000

yue minjun The Sun 2000

Certaines toiles ont des symboles plus ou moins identifiables, comme des points d’ancrage auxquels se rattacher au cours de l’exposition pour ne pas perdre pied.

On y croise des oiseaux migrateurs, symbole de l’exil pour ceux à qui la Chine n’ouvre plus les bras.

yue minjun oiseaux migrateurs

Un homme aux traits similaires à Mao nageant au centre d’un esprit emplit d’eau.

Yue Minjun, Water

Yue Minjun, Water

D’autres toiles dans la seconde salle, ne place plus ce sourire crispant au centre de l’oeuvre. Elles offrent une sorte de respiration dans le cheminement de l’artiste qui déclare lui même “J’avoue que ces visages ont parfois pu opérer une certaine restriction sur mon travail. Et quand je me suis aperçu qu’ils pouvaient exercer une forme de contrôle sur moi, je ne me suis plus senti libre ».

On découvre alors un travail empli de références artistiques, des toiles de maître vidées de leur personnage (tiens tiens… ça nous rappellerai pas le travail de Bence Hajdu ? ), des classiques retravaillés comme « La liberté guidant le peuple » de Eugène de la Croix.

Eugene De La Croix, La liberte guidant le peuple

Eugene De La Croix, La liberte guidant le peuple

Yue Minjun, La liberte menant le peuple

Yue Minjun, La liberte menant le peuple

Le fameux « Dos y Tres di Mayo » de Goya repris en sourire où Yue Minjun veut parler « de la douleur pour laquelle on ne trouve pas de solution ». Rappelez-vous, c’est la fameuse toile qui a battu les records de vente en atteignant des sommets en dollars…

Goya, Tres de mayo

Goya, Tres de mayo

Yue Minjun, Execution

Yue Minjun, Execution

Il vide de son acteur principal le tableau de Jacques Louis David en supprimant le défunt Marat, laissant, au centre de la toile l’ultime lettre.

Jacques-Louis David La Mort de Marat

Jacques-Louis David La Mort de Marat

yue minjun, the death of marat

yue minjun, the death of marat

Il s’initie également à l’art très différent et décalé du célèbre Francis Bacon dans sa série Overlapping.

Francis Bacon self portrait

Francis Bacon self portrait

yue minjun serie overlapping

yue minjun serie overlapping

Au final, l’ombre du rire de Yue Minjun montre une facette plutôt délaissée de cette manifestation de joie que seuls les humains possèdent. Le rire pour ne pas pleurer, le rire pour dédramatiser, le rire comme barrière de défense, le rire pour accompagner les cris de désenchantement envers un pays en au bord de l’étouffement, atrophié par un phénomène d’uniformisation ancré dans les tradition.

Fondation Cartier pour l’art contemporain

261 Boulevard Raspail  75014 Paris, France

Site internet et plan d’accès 

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