Dali au Centre Pompidou.

Exposition Dali

Centre Pompidou

Jusqu’au 25 mars

 « la différence entre un fou et Dali, c’est que Dali n’est pas fou »

                                                                                             Dali (en 1958)

Dali,  affiche centre pompidou

Dali, affiche centre pompidou

Informations pratiques

Centre Pompidou

Plan d’accès

Site de l’exposition

De 11h à 23h

Tarifs : 13 €

Tarif réduit : 11 €

Annoncée comme la première rétrospective globale du travail de Dali, cette exposition au Centre Pompidou tient sa promesse : permettre aux visiteurs d’effleurer la complexe personnalité du créateur des montres molles.

Outre les débats sur les qualités de la scénarisation, les visions lucratives, et certains choix des commissaires de l’exposition, je pense qu’il faut saluer le défi de regrouper près de 230 œuvres de Dali dans un même espace. Il n’était pas facile de se lancer dans un tel défi  33 ans après la dernière exposition majeure de l’artiste organisée par Dali lui-même et ainsi de se mesurer à la grandeur du « Maître ». Mais pour moi le challenge est relevé.

150 peintures, des sculptures, des installations (le salon Mae West), du cinéma (le chien andalou et sa collaboration avec Hitchock pour les scènes de rêves), la photographie « Dali Atomicus » , … un tour d’horizon complet de l’étendu du génie de Dali.

Dali Atomicus

Dali Atomicus

Dali Salon Mae West

Dali Salon Mae West

Génie, ais-je bien entendu « Génie » ?

« Le surréalisme, c’est moi » déclare Dali vraisemblablement assez sûr de ses qualités. Il avait raison, la première exposition avait attirée près de 840 000 visiteurs à Beaubourg, marquant par là le record de visite du lieu, et cette nouvelle rétrospective est encore en train de faire exploser les chiffres de fréquentation.

 Comment cet artiste provocateur à outrance, qui a toujours voulu attirer le regard des foules sur ses légendaires moustaches, a-t-il réussit son pari ?

Sensualité charnelle, fascination pour les dictateurs, mondes oniriques complexes, sexualité à outrance et sens de la performance artistique… Tels sont sûrement les ingrédients d’un mélange audacieux hautement explosif qui sait séduire un large (très large) public. Certains parlent de délire pictural, d’autres de folie créatrice, d’expérimentations de l’esthétisme, de manipulation des fascinations populaires, de modes de pensée précurseurs… A tous ces termes je préfère le plus simple au final : celui de « Génie ».

Génie, oui mais alors un génie légèrement perturbé, victime de ses propres fascinations, de nombreuses phobies et de profonds refoulements (comment croyez vous qu’autant d’imagination s’exprime sur ses créations ! hein ?). C’est sûrement le revers de la médaille des plus talentueux, le côté caché des génies n’est pas forcément bon à dévoiler.

Dali, un artiste (trop ?)  fasciné par les grands mystères de la vie.

La vie et la mort, la religion, les secrets de la science, les rêves, l’amour, le pouvoir absolu,… Voici quelques unes des grands mystères pour lesquels Dali s’est passionné et que l’exposition aborde.

On entre dans l’exposition par un œuf immaculé blanc et un Dali en position fœtale, symbole de sa période intra-utérine important pour lui : le début du commencement. On sort par une sorte de labyrinthe représentant son esprit et nous offrant un large aperçu de sa production littéraire peu connue.

Entre ces deux extrémités de vie, l’exposition tente de s’organiser en séquences chronologiques et thématiques. Une chance donc pour les commissaires que Dali ait vécu sa vie par grands chapitres plus ou moins dédiés à des lubies et fascinations parfois éphémères mais toujours précises.

– Sa formation à l’école des Beaux Arts de Madrid. Il s’inspire alors des influences cubistes et puristes, du travail de Mirò et de Hans Arp « Chair de poule inaugurale », 1928 (il avait déjà de la suite dans les idées quant au titre de ses œuvres).

Dali, chair de poule inaugurale. 1928

Dali, chair de poule inaugurale. 1928

C’est à cette époque qu’il va commencer à se passionner pour les sciences cognitives. Cette première source de fascination marque le début de l’ancrage de son art dans son univers unique et l’émergence de son génie/folie.

Dali, Le Grand Masturbateur. 1929

Dali, Le Grand Masturbateur. 1929

Cette déstructuration de l’art, il va la pousser à l’extrême avec ses comparses Bunuel et Lorca en créant le courant « Putrefacto » qui représente sa  première tentative de révolution culturelle qu’il essayera de mener toute sa vie.

– Le début de sa période surréaliste est marqué par l’émergence des premiers corps amputés, des membres démembrés et des symboles phalliques.  Comme une fascination de l’à-moitié, de l’inachevé qui prend son sens dans les parties vides qui lui reste, permettant à chacun d’y placer ses propres projections et perceptions.

Dali, le spectre du sexappeal. 1934

Dali, le spectre du sexappeal. 1934

Ces éléments graphiques et son positionnement dans le milieu de l’art lui ouvriront les portes des cercles du surréalisme parisien aux côtés de Breton et d’Aragon.

Dali, l'enigme de Guillaume Tell. 1933

Dali, l’enigme de Guillaume Tell. 1933

C’est à la suite de son mariage avec Gala (soit dit en passant une femme muse qui après avoir inspiré les vers de son ami Eluard viendra hanter les toiles de notre cher Dali) qu’il peindra « La persistance de la mémoire », 1931 reconnue aujourd’hui comme son chef d’œuvre planétaire par la majorité des critiques.

Dali, la persistance de la memoire

Dali, la persistance de la memoire

Là encore, une nouvelle fascination pour cette femme naît chez l’artiste qui brûlera de désir pour Gala jusqu’à la fin de sa vie.

Gala peinte par Dali

Gala peinte par Dali

– C’est la période de la méthode paranoïaque critique qui commence peu après. Il donne l’impression de se confesser via ses pinceaux où il livre au grand public « des représentations de la réalité qu’il vit intensément ». C’est à cette époque qu’apparaissent les fourmis, les sauterelles, la figure du père personnifié en « Guillaume Tell », le frère jamais connu, les téléphones homaresques et autres symboles de ses fascinations et ses phobies.

Dali, Guillaume Tell. 1930

Dali, Guillaume Tell. 1930

Comme si, une fois projetés sur un support physique, exposés aux yeux de tous et partagés à outrance, ses démons allaient cesser de le hanter. C’était sans compter sur leur persistance et leur force motrice dans son processus de création.

Dali, Portrait de mon frère mort. 1963

Dali, Portrait de mon frère mort. 1963

– La science a toujours été une source de fascination pour Dali. La religion et tout ce qui touche à la sphère ésotérique et au spiritualisme également. C’est donc naturellement qu’il va tenter d’unir ces deux sphères vraisemblablement incompatibles au cœur de son art. « Uranium et idylle atomique mélancolique », 1945, « La Madone de Raphaël à la vitesse maximum », 1954.

Dali, la madone de raphael a la vitesse maximum. 1954

Dali, la madone de raphael a la vitesse maximum. 1954

– Fasciné, Dali l’a également été par le pouvoir absolu. Le sentiment vivace de bonheur et de reconnaissance qu’il semble y voir dans un tel exercice d’autorité, se retrouve dans ses attitudes ambigües face aux gouvernements totalitaires.

L’homme qui déclare « Comme mon propre nom Salvador (sauveur) l’indique, je suis destiné à rien moins que sauver la peinture moderne de la paresse et du chaos », est également celui qui dresse le portrait des dictateurs en pleine guerre. Tandis que d’autres utilisent l’art pour faire la guerre à la guerre (voir article sur l’Art en Guerre au MAM), Dali peint « Les 6 images de Lénine sur un piano », « L’énigme d’Hitler » et « Triple image. Portrait de Franco » en 1939.

Dali, Hallucination partielle. Six images de Lenine

Dali, Hallucination partielle. Six images de Lenine

Dali, L'enigme Hitler. 1939

Dali, L’enigme Hitler. 1939

Il soutient même Franco en 1943 lors de son retour en Espagne et ouvrira son propre musée à Figueras avec l’aide de ce même gouvernement fasciste en 1974.

Cette partie la plus contrastée de son histoire artistique est reprise par ces termes biens conventionnels à mon avis « Mythes et histoires » dans l’exposition au Centre Pompidou.

Dali portraitL’homme qui déclarait «  A 6 ans je voulais être cuisinière, à 7, Napoléon. Depuis mon ambition n’a jamais cessé de grandir comme ma folie des grandeurs » a réussit à démontrer sa capacité à « rendre valable la réalité d’une idée obsédante pour les autres » même si à l’origine il était le seul à être poursuivi par ses fascinations.

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La question que je me pose est comment un homme aussi fasciné par ces dictateurs et la rigueur disciplinaire qu’ils inspirent peut faire preuve d’autant d’euphorie, de prise de liberté et de lyrisme esthétique dans ses créations ?

Décédé en 1989, Dali est un des artistes les plus emblématiques du XXème siècle et si ses créations sont parfois contestables, son génie, lui, reste hors de portée de toute négation.  Sa vie est à l’image de son art, emplie de paradoxes entre rejet et désir, refoulement et revendication, … Telle est peut être une piste de réponse.

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Pour aller plus loin voici deux vidéos pour une interview en français qui permet de mieux cerner ce personnage. Attention déclarations hautes en couleurs !

Partie 1

Partie 2

Et je ne résiste pas au plaisir de vous livrer cette petite vidéo en bonus. Entre définition de la paranoïa version Dali, la théorie de la comparaison de Jésus à des montagnes et des montagnes de fromage (par Saint Augustin évidemment) et la représentation des montres molles en rapport avec du camembert !

A découvrir, d’autres expositions en 2013

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L'Aubade, Pablo Picasso. 1942

 

L’Aubade, Pablo Picasso. 1942
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